Chargé de mission numérique à la CCI du Tarn, Lilian Fourcadier opère comme véritable couteau-suisse auprès des clients occitans qu’il accompagne. Rencontre…

Bonjour Lilian, peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai un parcours plutôt atypique, comme les « vieux du web ». Pas de formation dans le digital… Un BTS en informatique industrielle, rien à voir avec le webmarketing ! J’ai eu l’opportunité de croiser le chemin de personnes inspirantes qui travaillaient déjà dans le web, dans les années 2000. C’est à ce moment que j’ai monté une start-up, en pleine « bulle internet ». Ensuite, j’ai intégré la Chambre de commerce d’Albi en tant qu’informaticien, puis le service communication. J’accompagne aujourd’hui les entreprises au numérique.

Quelles sont tes missions ?

Nous travaillons autour de trois grands axes :

  1. Les événements, pour vulgariser le numérique auprès des entreprises : cybersécurité, veille du numérique, webmarketing, RGPD, etc.
  2. L’accompagnement individuel, avec une volonté forte de faire du « amont/aval ».
    Dans ma vision du métier, je me vois comme le trait d’union entre le chef d’entreprise et le prestataire. Mon job, c’est de qualifier un projet, en faisant monter en compétence et aider les entreprises à exprimer leurs besoins, pour qu’ensuite elles sachent ce qu’elles vont demander à un prestataire. Par exemple, je fais de la rédaction de cahier des charges, de l’analyse concurrentielle, le diagnostic d’un site internet, l’analyse de devis, etc.
  3. La formation, je suis pour de la formation continue professionnelle, pour gagner en compétence afin de piloter du mieux ses prestataires. Je m’explique. L’idée pour mon client n’est pas de créer son propre site internet mais plutôt d’apprendre à utiliser Google Analytics ou d’autres outils pour piloter son projet. Ne pas travailler à l’aveugle… Idem sur le référencement naturel, sur la manière de suivre et de comprendre les KPIS importants à connaître lorsqu’on travaille son SEO.

La transformation numérique, qu’est-ce que c’est, concrètement ?

Le problème avec la transformation numérique, c’est que les gens pensent qu’avec un simple site internet, ils ont débuté leur transformation numérique. C’est plus profond que ça. La transformation numérique, c’est comment mettre en place dans le fonctionnement de l’entreprise, en filagramme, le numérique pour qu’il vienne en soutient des actions : en aide à la décision, en aide à la tâche, ou en automatisation l’entreprise. Finalement il est omniprésent, à tel point qu’on l’oublie.

Premièrement, comment j’intègre le numérique dans toutes les fonctions de l’entreprise pour l’améliorer ? Comment des tâches à faible valeur ajouté réalisées par un humain peuvent être automatisées pour libérer les gens sur des tâches plus créatives ?

Deuxièmement, la visibilité. Comment faire en sorte que mon entreprise soit visible en dehors de sa zone de chalandise ? Quels leviers exploiter ?

Nous travaillons avec l’outil Digipilote qui nous permet de faire un diagnostic digital, à l’instant T dans l’entreprise. Il en ressort ses points forts et ses points faibles, sur la transformation de son offre, sa visibilité, sa marque employeur, son pilotage digital et la sécurité de sa data.

Grace à ce diagnostic, nous avons une vision à 360° de la transformation digitale de l’entreprise, qui en ressort une note. Au-delà de cette note, notre valeur ajoutée réside sur les préconisations qui en ressortent à court, moyen et long terme.

De plus en plus d’entreprises passent le cap de la digitalisation. Quels sont les freins que tu identifies dans cette démarche ?

Le niveau de digitalisation des entreprises a augmenté, mais pas automatiquement l’appropriation des outils. Il y forcément de la personnalisation et du sur-mesure. Ce n’est pas encore acquis… C’est aussi tout l’intérêt de mon métier.

Prenons l’exemple du CRM pour une entreprise : c’est un gros changement dans la vie d’une équipe, il y a un delta entre ce qui est produit et ce qui est en attendu sur le terrain. Dans ce cas, le travail en amont et la formation sont la clé !

Un autre exemple : une entreprise spécialisée dans le service à la personne, qui reçoit constamment des appels pour du toilettage pour chiens. Le GoogleMyBusiness était catégorisé comme tel, et rien n’avait été changé. Un classique !

Quel est le profil des entreprises que tu conseilles ?

Toute sorte d’entreprise ! Je démarre du porteur du projet, des commerçants, des prestataires de services, des prestataires touristiques, et des industriels. Depuis quelques années, je travaille beaucoup avec des industriels. Ils se rendent compte qu’ils doivent travailler leur communication et leur marque employeur. Ils sont conscients de leur retard, de la concurrence et ils se donnent les moyens d’avancer.

Auparavant, nous appelions nos clients des « ressortissants ». Nous ne faisions pas payer de prestations car nous étions rémunérés par le biais de la taxe professionnelle. Depuis, nos ressources fiscales ont considérablement diminué, ce qui a engendré des changements dans notre manière de fonctionner.

Nous proposons aujourd’hui des prestations gratuites comme des prestations payantes, sous l’offre de produit régionale Soluccio.

Nous répondons aussi à des appels d’offres, participons aux plans de relance du Gouvernement et intervenons aux côtés des collectivités locales qui le souhaitent.

Les gens pensent que dans une chambre de Commerce, nous sommes généralistes et que notre niveau d’expertise est léger. On s’en rend compte lorsqu’on réalise des diagnostics que les chefs d’entreprises peuvent être surpris de la qualité, du niveau de travail que nous produisons. Au contraire, nous travaillons dur pour nous perfectionner, avec beaucoup de veilles au quotidien.

Quelle est ta plus grande réussite dans ta mission actuelle ? (On veut des détails !)

Une mission avec un entrepreneur industriel où on partait de zéro. En peu de temps, il avait revu sa marque employeur et je l’avais bassiné pour aller sur les réseaux sociaux et notamment Facebook. « Ce n’est pas pour moi », il a joué le jeu et ça a fonctionné !
Il est revenu vers moi peu de temps après. Il recherchait un chaudronnier depuis plus d’un an, avec aucun CV. En publiant l’annonce sur Facebook, les candidatures sont tombées…

Et ton plus grand flop ?

Il y a des entreprises pour lesquelles j’interviens, je sais que ce que je leur dis est important ; ils doivent le prendre en compte pour avancer et passer un cap. Malgré tout, ils n’appliquent pas forcément les recommandations. Certaines sont en difficultés et doivent parfois mettent la clé sous la porte… Et là tu te dis, « Mince je n’ai peut-être pas été assez persuasif, orienté les choses suffisamment bien, insisté sur certains points ».

Avec le temps, j’ai compris que c’est toute la difficulté du métier : il faut savoir écouter, analyser, comprendre ce qu’on ne t’a pas dit, voir les failles et amener suffisamment finement un diagnostic pour que le client ne se braque pas.

En vingt ans, qu’est-ce qui a le plus changé dans les projets de digitalisation des entreprises ?

Ça n’a plus rien à voir. Je me suis rendu compte de deux choses dans le métier.

L’arbitre de paix de tout, c’est le client. Les attentes client ont évolué, et c’est elles qui ont fait évoluer les choses. Son niveau d’exigence a augmenté. Il y a eu énormément d’effets de levier énorme : il y a vingt ans, l’UX n’était pas prioritaire, parce que les gens venaient chercher une information. Aujourd’hui tu as beau avoir la meilleure information du monde, si tu n’as pas l’UX qui va avec, ça ne marchera pas.

L’hyper professionnalisation. Avant, tu étais dans le digital, tu étais une entreprise de travaux généraux, tu faisais la maison de A à Z. Aujourd’hui, il existe des experts dans chaque domaine.

Et le SEO, dans tout ça ?

Je travaille pour la CCI du Tarn, qui est un labo pour l’ensemble des préconisations opérées auprès de mes clients. Ça me permet d’être vigilant avec mes clients !

J’inculque une culture SEO à mes clients. Par exemple ? « Lors d’une refonte de site, pensez à votre plan de redirection ! Oui, mais qu’est-ce que c’est ? ». Mais aussi les bonnes pratiques de rédaction de contenu, un site techniquement propre, Google friendly. S’il n’y pas 25 fonctionnalités et un gif animé, ce n’est pas grave ! Il faut que le site soit accessible et pertinent pour le client.

Une tendance que je remarque également depuis des années, c’est l’intérêt du SEO local pour nos clients. Ils en ont conscience. Par exemple, on travaille avec des entreprises franchisées, qui souhaitent développer leur visibilité locale : GoogleMyBusiness, réseaux sociaux etc. Alors, que ce magasin bénéficie déjà de la communication nationale de l’enseigne.

De manière générale, les clients comprennent l’intérêt de travailler son SEO, mais une fois qu’on leur a expliqué. C’est un métier abstrait et peu connu. Alors, je prends le temps de les former.

C’est du temps que les agences ou prestataires SEO n’ont pas forcément le temps de prendre. Je ne me sens pas concurrent des prestataires avec qui les clients travaillent. J’interviens plutôt en tant qu’apporteur d’affaire, nous sommes sur une démarche partenariale. De plus, nous favorisons les collaborations locales, et travaillons principalement avec des prestataires occitans via notre annuaire.

La crise sanitaire a sûrement accéléré la bascule des entreprises vers le numérique… par quoi cela s’est-il traduit concrètement ?

Avec une année de covid, d’un point de vue numérique on a gagné cinq ans d’usage :

  • Cela a accéléré le volet webinar
  • L’accompagnement à distance est devenu la norme
  • Le télétravail a impacté les systèmes d’informations et la mobilité
  • La sécurité des espaces de travail.

L’impact est dû à l’usage du digital dans l’ensemble des secteurs d’activité. Pour moi, avec les habitudes prises par le consommateur aujourd’hui, il ne reviendra pas en arrière. Aujourd’hui comme demain, la digitalisation des entreprises évoluera en fonction du besoin du consommateur.