Entité nommée : définition SEO et rôle dans les LLM

Une entité nommée correspond à un nom propre ou à une expression stable qui permet d’identifier un objet.

Tout savoir sur les entités nommées

Dans un texte, Airbus, Dupont ou Toulouse ne sont pas traités comme des mots ordinaires. Ils deviennent des objets typés, reliés, désambiguïsés, comparés et enrichis par des sources.

La reconnaissance des entités nommées consiste à détecter ces objets dans un document puis à les qualifier. Google expose cette logique dans Entity, qui associe essentiellement une entité à un type, des mentions, des métadonnées et un score de salience.

Extraction et reconnaissance

L’extraction d’information vise à repérer, dans des textes non structurés, des informations factuelles précises et pertinentes afin de les convertir en représentations structurées, par exemple des lignes dans une table de base de données ou des éléments d’une base de connaissances. Elle sert à organiser l’information pour les humains ou à fournir aux machines des données exploitables pour des traitements ultérieurs.

La reconnaissance d’entités nommées est la sous-tâche qui consiste à repérer les limites de noms ou d’éléments identifiables dans un texte, puis à les classer, par exemple comme personnes, organisations, dates, lieux, quantités ou heures ; elle est utilisée pour l’indexation, les liens vers des contenus, l’analyse de sentiment, la réponse automatique aux questions et comme composant de systèmes d’extraction d’information.

Christopher Manning est un chercheur majeur en traitement automatique du langage, professeur à Stanford, ancien directeur du Stanford AI Lab et auteur de travaux de référence en linguistique computationnelle et en NLP, domaine dans lequel il figure parmi les chercheurs les plus cités.

Bonjour. Dans cette séquence, je vais présenter les deux tâches que sont la reconnaissance d’entités nommées et l’extraction d’information, c’est-à-dire des méthodes permettant d’obtenir des informations structurées simples à partir de documents textuels.

Commençons par l’extraction d’information. L’objectif des systèmes d’extraction d’information est de trouver et de comprendre des portions limitées et pertinentes d’un texte. En général, on les utilise dans un contexte où le système rassemble des informations provenant de nombreux textes. Le but de cette collecte d’informations est de pouvoir produire une forme de représentation structurée des informations pertinentes. On peut la concevoir comme des instances d’une relation de base de données, c’est-à-dire des lignes dans une table de base de données, ou comme une base de connaissances.

Lorsque nous faisons de l’extraction d’information, nous pouvons avoir l’un de deux objectifs. Le premier consiste à aider directement les personnes à organiser l’information de façon utile. L’autre possibilité consiste à placer l’information sous une forme sémantiquement précise. Très souvent, les ordinateurs, pour d’autres tâches de traitement de l’information en aval, ne pourront pas les effectuer si l’entrée se limite à du texte en langue naturelle. En revanche, si l’on extrait différents types de relations, par exemple sous la forme d’une table de base de données, il devient très facile de procéder ensuite à de la fouille de données et à d’autres traitements.

Le type d’information extrait par les systèmes d’extraction d’information correspond à des informations factuelles claires : qui a fait quoi, à qui, quand, ce genre d’information. Prenons un exemple. Voici deux exemples. Le premier consiste à recueillir, à partir de rapports d’entreprise, des informations factuelles sur les entreprises : chiffre d’affaires, bénéfices, membres du conseil d’administration, siège social, et d’autres éléments de ce type. L’idée est que le système parcourt le texte et repère : d’accord, voici le nom d’une entreprise. Puis le texte parle de son siège social et indique que ce siège est situé à tel endroit. C’est donc un indice de localisation du siège : Melbourne, Australie. Ce que nous obtenons alors, c’est cette relation, que l’on peut concevoir comme une instance d’une table de base de données.

Ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Un autre exemple est celui que je montre ici. Il existe de nombreux cas dans la fouille de textes biomédicaux : apprendre des interactions entre médicaments, gènes et produits, apprendre des localisations subcellulaires ; de nombreuses relations présentant un intérêt pour les scientifiques ont été traitées, de diverses manières, dans des systèmes d’extraction d’information.

Dans le domaine davantage orienté vers le grand public, l’extraction d’information est désormais disponible, et je pense assez populaire, dans diverses applications comme Apple Mail ou Google Mail, ainsi que dans l’indexation du Web. Voici un petit exemple tiré d’Apple Mail. Ici, il y a une date ; Apple Mail a reconnu la présence d’une date et l’a placée dans cette petite zone avec une flèche. Lorsque je clique dessus et que je maintiens, l’application me propose de créer un événement de calendrier. C’est donc une petite aide qui me permet d’effectuer ce type de tâche plus rapidement. Ce genre d’extraction d’information est souvent assez simple et semble reposer principalement sur l’utilisation des expressions régulières que nous avons vues plus tôt, ainsi que sur des listes de noms.

Voici un autre exemple de la façon dont les entreprises commencent à faire apparaître l’extraction d’information dans les applications de recherche. Si je saisis dans Google « BHP Billiton headquarters », en plus des résultats habituels de recherche Web, Google me donne ici sa meilleure estimation : le siège social serait à Melbourne, Londres. Bien sûr, on peut discuter un peu de la perfection de cette réponse. Il y a en réalité deux réponses distinctes ici. BHP Billiton est un cas complexe, parce que l’entreprise possède cette structure compliquée de société duale ; il existe un bureau à Melbourne et un bureau à Londres. Nous considérerons donc que la réponse est à peu près correcte.

Voilà pour l’extraction d’information. Passons maintenant à une sous-tâche particulière qui est devenue très importante : la reconnaissance d’entités nommées. L’idée de la reconnaissance d’entités nommées est que l’on va, en particulier, rechercher et classer des noms dans un texte. La première étape consiste à repérer les noms. Ici, nous avons donc trouvé un nom. Plus précisément, cela signifie que nous trouvons les limites du nom. Celui-ci correspond à ces deux tokens. Ce nom-ci correspond à un seul token. Une fois cela fait, nous classons les noms. Nous allons donc dire que ce nom, ici, est un nom de personne. Celui-ci est le nom d’une organisation. Celui-là est une date. Puis nous avons une série d’autres noms de personnes. Celui-ci, Rob Oakeshott, s’étend sur le saut de ligne.

Pour préciser un peu la tâche, nous avons cette expression, « reconnaissance d’entités nommées », qui est aujourd’hui un terme un peu codé, reflétant son histoire. À l’origine, les entités étaient censées désigner des choses discrètes dans le monde. Je suis une entité. L’université Stanford est une entité. En revanche, quelque chose comme le sable ou l’air ne constitue pas une entité, car il n’y a pas de chose physique précise et délimitée. L’idée attachée à « nommées » était que certaines entités ont des noms. Ainsi, moi, Christopher Manning, j’ai un nom. Mais la chaise sur laquelle je suis assis pendant que j’enregistre ceci est également une entité : c’est une chose physique discrète. Elle n’a toutefois pas de nom qui lui soit attaché ; elle ne relève donc pas d’une entité nommée.

Voilà l’arrière-plan philosophique. En pratique, l’usage de l’expression « reconnaissance d’entités nommées » ne correspond pas exactement à cette définition. Concrètement, nous utilisons la reconnaissance d’entités nommées pour désigner des noms facilement distinguables, ou d’autres éléments dans le texte que nous pouvons extraire. En particulier, 2010, ainsi que des éléments comme les dates, les heures et les quantités, sont normalement considérés comme des entités nommées. Pourtant, selon le point de départ originel du terme, une date, une substance chimique ou une protéine ne constitue pas véritablement une entité ; nous incluons néanmoins toujours ce type d’éléments lorsque nous construisons des systèmes de reconnaissance d’entités nommées.

À quoi servent donc les systèmes de reconnaissance d’entités nommées ? Si vous identifiez des entités nommées dans un texte, elles peuvent être indexées ou reliées à d’autres contenus. Comme je le note plus bas, de nombreuses entreprises utilisent diverses techniques pour annoter des entités sur des pages Web. Elles peuvent ensuite fournir, à partir de ces entités, des liens vers des pages biographiques, des pages thématiques ou d’autres contenus de ce genre. Il existe donc tout un ensemble de produits commerciaux fonctionnant comme services Web qui permettent de faire ce type de chose.

Si, plus généralement, vous voulez explorer le Web et recueillir des sentiments (nous avons discuté plus tôt de la détection du sentiment, pour déterminer s’il est positif ou négatif) il faudra aussi déterminer sur qui ou sur quoi porte ce sentiment. À ce moment-là, vous devrez repérer les noms d’entreprises ou de produits dans le texte, et c’est là la tâche de la reconnaissance d’entités nommées.

Mais il existe de nombreux autres usages dans lesquels la reconnaissance d’entités nommées intervient comme sous-composant d’une tâche plus vaste. Ainsi, lorsqu’on fait de l’extraction d’information, une grande partie du travail consiste souvent à identifier des entités nommées, puis à déterminer la relation entre elles.

Nous parlerons plus tard de la réponse automatique aux questions. Dans ce domaine, pour différents types de questions, les réponses sont souvent des entités nommées. Quand quelque chose s’est-il produit ? Qui a fait quelque chose ? Une bonne extraction des entités nommées aide donc beaucoup la réponse automatique aux questions.

Un autre exemple que nous avons également vu, montrant comment les gens utilisent la reconnaissance d’entités nommées en s’appuyant sur cette information interprétée sémantiquement, concerne diverses applications comme les calendriers, où l’on exploite l’interprétation sémantique.

D’accord, j’espère que cela vous aura donné une bonne idée de ces deux tâches : la reconnaissance d’entités nommées, qui consiste simplement à repérer des noms concrets d’objets, de personnes, d’organisations, etc., ou encore des quantités, des dates, des heures et des éléments de ce type ; puis la tâche plus large de l’extraction d’information, dont l’objectif est d’extraire, à partir de textes non structurés en langue naturelle, des relations particulières, autrement dit des lignes dans une table de base de données.

Les moteurs manipulent des objets

Les brevets Google consacrés aux entités décrivent une logique de graphe (nœuds, types, propriétés, valeurs et relations). Un document, une requête ou une page de résultat sont compris à partir des objets qu’ils contiennent.

  • Dans Ranking search results based on entity metrics, le classement est fondé sur des métriques liées à l’entité et à son type. Le brevet décrit des références d’entités, des types d’entités et des propriétés issues d’un knowledge graph. Le point important : au-delà des mots, une page porte des objets qualifiés par un contexte.
  • Dans Search result ranking and presentation, le système repère une entité dans une requête, récupère des propriétés associées à son type depuis un knowledge graph puis choisit une présentation (galerie, timeline, carte, liste ou graphique).
  • Dans Providing search results based on a compositional query, il s’agit de traiter des requêtes composées à partir de types d’entités et de relations. On détermine un premier et un second type d’entité ainsi qu’une relation. On identifie alors dans un knowledge graph les nœuds qui répondent à cette relation. C’est la mécanique derrière beaucoup de requêtes qui semblent naturelles : marques rattachées à un groupe, sportifs liés à une ville, produits appartenant à une gamme ou encore entreprises associées à un marché.
  • Dans Associating an entity with a search query, une requête peut être reliée à plusieurs entités et une entité peut être reliée à plusieurs requêtes. Le système utilise des alias, des propriétés ou des identifiants uniques pour lever les ambiguïtés.

La salience change la lecture d’un contenu

Toutes les mentions ne pèsent pas le même poids.

La salience (saillance) d’une entité se mesure à son rôle dans le document. Un objet devient central quand il structure le contenu, revient dans les passages décisifs, se rattache aux autres mentions du texte et pourrait apparaître dans un résumé fidèle de la page.

Les entités nommées se consolident par fusion de sources

Si le site officiel d’une marque pose la version canonique, les sources externes confirment, complètent… ou brouillent cette version !

Le papier Google Knowledge Vault: A Web-Scale Approach to Probabilistic Knowledge Fusion décrit une base de connaissances probabiliste construite à partir d’extractions issues du web : texte, tableaux, structure de page et annotations humaines. Ces données sont ensuite fusionnées avec des connaissances existantes.

Conséquence SEO : une entité se lit à travers un corpus : site officiel, pages produits, profils, distributeurs, presse, bases publiques, comparatifs, avis, partenaires, etc. Si ces sources relatent des propos divergents, la machine récupère une identité instable. A l’opposé, quand elles convergent, l’objet gagne en netteté.

Le papier Entity-Duet Neural Ranking va dans le même sens : un document enfin représenté par ses mots et par ses annotations d’entités, avec un graphe de connaissances pour enrichir la représentation.

La consolidation d’une entité dépend enfin de la qualité des sources qui la décrivent. Une mention sur le site officiel, dans une base publique, dans un média sectoriel ou sur une page partenaire identifiée possède une valeur de confirmation, ce qui n’est pas le cas d’une mention isolée sur un site faible, générique ou ambigu. Les Search Quality Rater Guidelines de Google demandent d’évaluer la réputation d’un site et de ses auteur selon le sujet traité, à partir de signaux externes comme les avis d’utilisateurs, les opinions d’experts, les références, les recommandations ou les articles de presse. Cette logique rejoint les travaux de Google sur le Knowledge-Based Trust, qui évaluent la fiabilité d’une source à partir de la correction des faits qu’elle fournit.

Données structurées : déclarer proprement les entités nommées

Les données structurées servent à rendre explicites des informations déjà présentes dans la page. Google indique que le balisage l’aide à comprendre le contenu d’une page, notamment les personnes, entreprises, livres ou autres objets décrits.

Pourquoi les LLM rendent le sujet plus visible

Les moteurs génératifs rendent les erreurs d’entités évidentes. Une marque mal comprise peut apparaître dans une réponse fausse, manquer dans un comparatif… ou même se voir attribuer une gamme qui appartient à un autre acteur !

En effet, les réponses générées les plus utiles ne sortent pas de la mémoire interne du modèle : un système récupère des passages dans un index externe (via des requêtes dans Google) et s’appuie sur ces passages pour produire la réponse. C’est le principe du Retrieval-Augmented Generation : combiner les connaissances apprises par le modèle avec des documents récupérés au moment de répondre.

Google décrit une mécanique proche ses fonctionnalités génératives (Gemini, AI Search) : récupération de pages pertinentes depuis l’index, ancrage de la réponse dans ces sources, génération de requêtes connexes via le query fan-out puis affichage de liens cliquables vers les pages qui soutiennent l’information. Idem pour ChatGPT. Pour une marque, cela signifie que les entités doivent être présentes dans des pages crawlables, indexables, bien structurées et suffisamment claires pour être récupérées sous le bon angle.

Ce qu’on audite vraiment

Le diagnostic consiste à comparer quatre versions de la même entité :

  1. ce que la marque veut dire
  2. ce que le site publie
  3. ce que les sources tierces confirment
  4. ce que les moteurs et LLM restituent.

De là, nous nous attachons aux éléments suivants :

  • nom canonique, variantes, acronymes, anciens noms
  • pages de référence : accueil, À propos, contact, pages produits, pages auteurs
  • entités secondaires : gammes, produits, dirigeants, auteurs, lieux, distributeurs, partenaires
  • propriétés Schema.org : name, alternateName, url, logo, sameAs, brand, manufacturer, author, publisher
  • sources externes : presse, distributeurs, annuaires sérieux, bases publiques, avis, partenaires, marketplaces
  • requêtes associées : marque, produit, catégorie, comparatif, local, concurrentiel
  • accès robots : Googlebot, OAI-SearchBot, GPTBot, snippets, indexation
  • sorties LLM : description de marque, rattachement produit, concurrents proposés, citations, erreurs factuelles.

En guise de conclusion

Produire du contenu, c’est aussi proposer des objets aux moteurs : des entités nommées claires, savamment reliées, bien entourées et abondamment sourcées donnent à la page du relief… et de la valeur !

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Laurent Peyrat, expert SEO

L’auteur : Laurent Peyrat dirige La Mandrette, qu’il a fondé en 2016. Il pratique et enseigne le SEO depuis plus de vingt ans. Titulaire d’un M2 E-business, il donne aussi plusieurs conférences chaque année.